Emmanuel Kold

Il est de coutume pour un auteur ou un éditeur de laisser découvrir au futur lecteur les premières pages du livre, voire le premier chapître.
Le premier chapître de 2020-2030, "Rêverie au bord du lac", permet de pénétrer de plain-pied dans l’ambiance de la survie ordinaire. Néanmoins, il ne rend pas compte de la multiplicité des thèmes abordés tout au long des chroniques.
Voici donc une liste de thèmes ouvrant sur des passages divers de ce premier tome, où le narrateur − tantôt Florian, tantôt Amaury − livre au lecteur ses doutes, ou au contraire ses certitudes, son émotion, ses souvenirs ou bien encore les détails d’une aventure au fur et à mesure de son déroulement.

Actualités du futur

Le problème, c’est que j’ai usé de mon eau potable pour ça. Et si j’ai à présent reconstitué un bon stock de nourriture, je n’ai presque plus d’eau. Je dois donc me déplacer, m’en aller à la recherche du précieux liquide. Je me suis préparé hier soir à mon départ, car je voudrais marcher vers le sud, rejoindre les Pyrénées où j’ai une réserve de farines et de fruits secs. J’espère que je pourrai y arriver sans encombre et que je n’y ferai pas de mauvaises rencontres. En effet, j’ai écouté la radio ces derniers jours. Bien sûr, les nouvelles ne peuvent pas être bonnes. Elles ne peuvent être que plus ou moins inquiétantes. En écoutant France Info, j’ai appris que la frontière sud, le long de l’Ebre, s’est désagrégée. L’armée de l’Alliance se serait repliée, justement dans les Pyrénées. La cause en serait liée d’une part aux difficultés de l’approvisionnement, et d’autre part au souci causé par l’émergence d’épidémies en train de décimer les migrants africains qui se massent de l’autre côté. D’après R.P.O., la radio des rebelles, l’aviation de l’armée européenne aurait lâché des armes biologiques du côté espagnol afin de tenter d’éradiquer la menace que représente cet afflux de réfugiés. C’est également ce que laissait très clairement entendre un animateur de la radio patriote. Celui−ci ne prenait pas de gants et se réjouissait plutôt de cette nouvelle, tandis que les rebelles la qualifiaient de crime de guerre et dénonçaient cette atrocité perpétrée par l’armée. Personnellement, bien que je n’en sois pas du tout surpris, je frémis à l’idée que l’emploi des armes de destructions massives ait fait son entrée dans la guerre. Quand je pense à l’arsenal disponible, que ce soit en variété ou en quantité, mon estomac se noue…
Sinon, sur le front de l’Est, rien de bon : l’armée chinoise a progressé vers l’Adriatique et la mer Egée, ralentie toutefois dans les montagnes Yougoslaves et Bulgares. Plus au nord, les russes tiennent Varsovie et une partie de la Tchécoslovaquie, mais l’alliance européenne a renforcé ces positions de Gdansk à Poznan, en Pologne, et jusqu’à Prague. Le sud de l’Allemagne est menacé, l’armée rouge s’étant rabattue sur le sillon alpin, moins bien défendu. Munich, reprise par l’Europe, est toujours assiégée et le front s’est maintenant déplacé dans les Alpes suisses. Cette irrésistible pénétration sino−russe en Europe aurait pu être bien plus efficace encore si tout le sud de ce que l’on pourrait quasiment appeler l’empire Nord−asiatique, de l’Himalaya jusqu’à la mer Noire, n’était le siège d’une multitude de foyers – somme de guerres et de guérillas qui finit par créer un nouveau front pour l’alliance asiatique avec ses voisins musulmans du sud. Armées régulières en Irak, Iran, Afghanistan et Pakistan ; Groupes armés dans le Caucase, à l’est de la Caspienne et jusqu’à l’intérieur des frontières de la Chine, le front islamique est une véritable aiguille enfoncée dans les pieds russes et chinois. De plus, comme l’essentiel des dernières ressources pétrolières se trouve sur des territoires musulmans, leur ré−appropriation par des gouvernements qui ont basculé dans le radicalisme, voire l’islamisme, ont forcé les grands pays industrialisés au conflit. En ce domaine, on remarque surtout l’action des Etats−Unis qui occupent militairement la zone des puits de pétrole, à l’est de l’Arabie Saoudite, au Koweït et dans le sud de l’Irak.
Quant à la situation en France, elle est un modèle réduit du chaos qui règne sur la terre. Le terrorisme islamiste, dont on nous avait tant rebattu les oreilles ces dernières décennies, ne joue apparemment pas un grand rôle ici. Il est même curieux que j’ai rencontré un élément d’une cellule terroriste en Aquitaine… Peut−être essaient−ils de prendre une part dans l’anéantissement de la frontière espagnole, ce qui libèrerait sur l’Europe une nuée de musulmans africains. En tout cas, le plus préoccupant est la guerre civile qui embrase toutes les villes françaises. L’immense majorité des grandes villes du sud est passée sous le contrôle des insurgés. C’est le cas de Bordeaux, Toulouse, Perpignan, Montpellier, Nîmes, Marseille, Toulon et Nice. Même la principauté de Monaco est livrée au pillage. D’après des experts en stratégie de défense s’exprimant sur France−Inter, si l’armée européenne, désormais cantonnée dans la chaîne pyrénéenne, parvenait à tirer parti des nombreuses épidémies qui touchent les migrants africains, des unités de l’armée française pourraient se dégager et reconquérir ces villes. Je pense pour ma part que ce serait long et fastidieux, et nécessiterait certainement beaucoup plus que les seules divisions françaises du corps de l’armée de l’Alliance stationné actuellement dans les Pyrénées. En attendant, la France, divisée en deux partis radicalement opposés, est désormais le théâtre d’affrontements quotidiens. Chaque bourgade, chaque village, chaque ville a connu à ce jour des combats, des exécutions, des massacres. La situation, explosive, fluctue sans cesse. Je n’en ai donc qu’une vue très partielle, et dans le temps, et dans l’espace. Je ne sais qu’une chose avec certitude : patriotes, rebelles, militaires, personne ne fait de cadeau. Alors, dans ma longue marche vers le sud, j’espère plus que tout pouvoir échapper aux hommes et à leur folie destructrice. […]



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2020−2030 Chroniques de la survie ordinaire © février 2008
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